Une expérience de baptême de croisière

Home / Actualités / Une expérience de baptême de croisière
Autre rive a organisé deux heures en mer sur un de ses voiliers pour Dominique qui souhaitait faire un baptême de croisière.
Quand un amoureux de la mer rencontre une passionnée des mots… cela crée des envies de partage ! Retrouvez ici l’expérience de cette balade personnalisée, originale et vivifiante qui apporte plus que des oligoéléments.
Merci Dominique !

Se réaccorder en mer

Lever l’ancre, mettre les voiles, prendre le large, mouiller, tenir la barre… que de jolies expressions que celles du vocabulaire marin ! Les dire, les lire, les écrire suscitent immédiatement des images, des émotions, des sensations salées et de vent sur la peau. Et quel bonheur de les vivre…

Je me suis réveillée ce matin-là, j’ai ouvert les yeux, la fenêtre, mon ordinateur, Internet, j’ai tapé « croisière à Gruissan » dans la barre du moteur de recherche, la photo du voilier a arrêté mon choix. M’interdisant de réfléchir, j’ai saisi ma requête dans le formulaire de contact : « Bonjour, je suis intéressée pour un baptême de croisière, je souhaiterais connaître les tarifs, svp. Bien cordialement, D. » J’ai laissé mes coordonnées, puis cliqué sur « envoyer ». Puis, je suis sortie et je n’y ai plus pensé. Deux heures plus tard, Jean-Claude m’a proposé une sortie en mer.

Le jeudi qui a suivi, la météo était propice. Nous sommes fin juillet et Jean-Claude m’a invitée à le rejoindre en début d’après-midi. En posant le pied sur son voilier de dix mètres de long, j’étais intimidée. Bizarrement intimidée. D’abord, j’étais là, sur le ponton d’un bateau alors que, franchement, ce n’est pas mon style. Ce genre de bateaux, cela me file des angoisses, car je me dis qu’ils ressemblent à des coquilles de noix perdues sur l’immensité de l’eau…

Ensuite, je ne connais pas ce monsieur, ça non plus ce n’est pas mon style, habituellement, ma prudence passe pour de la méfiance tellement je me renseigne sur les gens que je vais rencontrer. J’avais eu envie d’aller en mer, décidé de trouver le moyen de le faire et agit pour réaliser ce rêve très ancien. Et tout ça en me faisant juste confiance et en suivant mon intuition.  En suivant mon instinct. J’étais donc là, intimidée et heureuse.

Rien qu’en posant le pied nu sur le bateau, j’ai ressenti immédiatement de la plénitude. Comme si, rien qu’en acceptant la main tendue de Jean-Claude pour m’aider à me hisser à bord, je recevais des ondes positives, de calme et de sérénité. C’était une émotion forte, ressentie grâce à une chose un peu folle que j’avais décidé de m’offrir… et je m’en sentais presque gênée. Pour donner le change, j’ai dit à Jean-Claude que j’étais un peu trouillarde.

Jean-Claude m’a proposé de me montrer et de me laisser expérimenter les gestes du marin, j’ai refusé tout net en riant « non merci, je ne suis venue que pour me détendre… » Il a souri un « pas de problème ». Et j’ai juste tenu la barre le temps qu’il s’affaire à désarrimer le bateau.

Jean-Claude nous a emmenés au large, pas très loin, juste assez pour apprécier la côte depuis la mer. Nous avons parlé de tout et de rien sur le ton de la conversation. Jean-Claude est surprenant. D’un calme olympien, il me parle de sa vision de la vie. Je comprends qu’il vit plus ou moins au jour le jour, qu’il n’est pas inquiet de ce que demain va lui offrir. Il n’est pas inconscient, loin de là, c’est un père et un professionnel responsable. Autre rive est son école de voile. « J’ai monté une formation d’une trentaine d’heures. En dix matinées, tout le monde peut avoir les connaissances nécessaires pour naviguer avec un voilier. » Il m’explique sa motivation à former les gens : « La voile est un moyen puissant de se reconnecter avec l’essentiel. Un short, un t-shirt, la mer et c’est à peu près tout ce dont on a besoin. » Je comprends ce qu’il veut dire. J’ai expérimenté dans d’autres circonstances cette forme de dénuement et je sais qu’il a raison, au fond, nous avons besoin de peu pour subvenir à nos besoins.

Mes yeux se perdent dans l’horizon. J’observe les bleus. Celui du ciel, ceux de la mer. Selon la profondeur, les remous, l’ombre et la lumière, il y a de multiples bleus. Du bleu canard au bleu roi, en passant par le bleu azur, c’est d’une grande richesse. Jean-Claude a continué de parler, puis s’est tu. J’ai décroché mais j’ai tout entendu. La mer permet de se reconnecter à soi. Je le sais depuis longtemps car aller au bord de la mer m’a toujours aidée à sortir de la mélancolie ou à prendre de grandes décisions. Mais sur l’eau, le plus, c’est la mesure du temps qui disparaît. La navigation permet de se concentrer sur l’instant présent, et ce, sans pour autant fuir ses responsabilités, au contraire car naviguer implique d’anticiper. Toujours anticiper. Jean-Claude m’explique que la navigation est une très bonne école de vie. Je le crois sur paroles.

Le capitaine du bateau est un hôte charmant, discret et attentif. Il parle avec mesure, respecte les silences, pose très peu de questions personnelles et oriente les échanges sur des questions existentielles. Au fil de notre conversation, j’apprends encore qu’il est moniteur depuis vingt ans. J’en conclus qu’il a changé de vie en cours de route. D’ailleurs, il me le confirme : « Je m’intéresse au développement personnel depuis mes 25 ans, et un jour, j’ai vraiment eu envie de changer de vie. J’ai consulté une coach. »

Jean-Claude poursuit « grâce à cette expérience, qui n’est autre qu’un rendez-vous avec soi-même une fois par mois, j’ai pris conscience que je procrastinais, que j’avais de grands rêves mais que je ne faisais pas grand-chose de concret pour les réaliser… » Il rit franchement à ce souvenir. « Prendre la mer est magique pour moi. Aujourd’hui, j’ai développé une activité de coaching en mer. »

Je regarde à nouveau Jean-Claude et je me dis que je n’ai pas vu ses yeux encore, ni lui les miens. Mon regard se retourne vers la côte et je demande : « C’est quoi ce village là-bas ? » Le plaisancier rit, un rien moqueur :

  • C’est Gruissan.
  • Comment ça Gruissan ? mais on en vient !
  • Tu vois la destination importe peu, ce qui compte c’est le temps passé sur l’eau. »

Je comprends que le retour est amorcé. Je ne me suis pas rendu compte que l’après-midi avait filé. Jean-Claude continue sa réflexion : « Il y a tellement de personnes qui mènent une vie qu’ils n’ont finalement pas choisie. Pourtant, ils savent au fond d’eux que quelque chose de va pas. » Je partage son avis, aujourd’hui, dans nos sociétés, l’intuition n’est plus une boussole reconnue. Au contraire, parfois, nous muselons notre voix intérieure. « Le coaching en mer permet de prendre du temps pour soi, de se dépouiller de tout ce qui pollue la vie. La mer aide à vivre au rythme de son corps. Elle permet de se reconnecter à qui l’on est vraiment, de retrouver son bon sens et aide à réapprendre à se faire confiance. »

Jean-Claude est coach dans l’âme.

Nous sommes rentrés au port. J’ai tenu la barre. Sauf pour l’arrimage. J’ai proposé d’aller prendre un verre mais le temps lui manquait. Je suis partie sur une promesse d’article et de se revoir très vite pour une autre expérience.

En arrivant à Narbonne-Plage, je me suis baignée, longtemps. Puis je suis rentrée, j’ai dévoré ma salade du soir avant l’heure du dîner, et j’ai fait une sieste avant de profiter d’une soirée tranquille. J’ai dormi ni mieux ni moins bien que d’habitude mais je me suis réveillée avec le dos moins douloureux que d’ordinaire. Aurais-je laissé en Méditerranée quelques soucis ?

Dominique JULIEN – décalaj.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.